Vérifier la qualité de ses supports d’investissements

« En Angleterre, tout est permis, sauf ce qui est interdit. En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis. En France, tout est permis, même ce qui est interdit. » Voici, résumé en une citation de Winston Churchill, à la veille d’un rendez-vous capital pour l’Europe, toute la difficulté de sa construction et la fragilité de ses fondations.

La diversité de cultures et d’aspirations semble aujourd’hui ne plus être une source de richesse mais un handicap dans ce contexte où l’individualisme des personnes gagne les Etats. Il est ainsi désolant d’observer que l’Angleterre, cette grande nation qui s’engageait avec force et courage en 1940 pour sauver la liberté en Europe, autorisant son fondement politique, risque de façon contradictoire aujourd’hui son union et son avenir.

Que recherchent donc les Anglais dans cette prise de risque ? Car que serait l’Europe sans la Grande Bretagne ? D’autant que, même au sein de l’Europe, l’Angleterre restera toujours Grande comme l’évoque à juste titre son nom ! Brexit ou non, Albion sera toujours une ile. Ses sujets continueront de rouler à gauche, d’utiliser le Sterling, de compter en pieds, de cuisiner du pudding, de jouer au football… Alors pourquoi cette remise en cause ? Parce qu’ils veulent les avantages de l’Union Européenne sans en subir les contraintes : les droits sans les devoirs. Si les Anglais se mettent à endosser une posture habituellement française, alors le monde tourne à l’envers !

Les Britanniques oublient qu’ils profitent déjà d’une situation favorable : avantages régaliens, compensions financières de l’Europe supérieures à leur contribution au fonctionnement de l’UE, accès sans réserve au marché économique européen… Dernier exemple en date : la Cour de Justice européenne confirme la possibilité pour le Royaume-Uni de restreindre l’accès aux allocations sociales pour les migrants venus de l’UE. Cette décision tombe à pic pour les partisans du maintien dans l’UE alors que les pro-Brexit en faisaient un argument majeur. La Commission européenne ne pouvait donc que saluer cette décision alors qu’elle avait elle-même porté plainte en 2014 contre le Royaume-Uni à ce sujet. Malgré tout, les intentions de vote évoluent clairement en faveur du Brexit : 46% pour et 39% contre. Entre raison et aveuglement, les Britanniques trancheront. Cependant, une sortie ne sera pas sans conséquences. Dans une interview au Monde le 20 mai, Jean-Claude Juncker prévenait qu’en cas de Brexit les « déserteurs » ne seraient « pas accueillis à bras ouverts » par l’Union. Dans le même sens, vendredi dernier, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, a averti le Royaume-Uni qu’il ne pourrait plus bénéficier des avantages du marché unique européen. Pire encore, même Daesh soutiendrait le Brexit ! Alors quoi, Messieurs les Anglais, ne tirez pas les premiers !

En attendant, l’inquiétude domine les marchés : -7,16% pour le CAC 40 sur les 5 dernières séances et -10,93% depuis le début de l’année. Conséquences historiques aussi sur les taux de rendements des dettes souveraines européennes : le 10 ans allemand vient de passer en territoire négatif. Dans ce climat chahuté, contraire aux grands investisseurs qui sont structurellement en quête de rendement, une question évidente se pose : maintenir ou non les niveaux actuels d’investissements en actions ? Réduire la voilure pour pallier le risque ou, au contraire, envoyer de la toile pour profiter de la baisse opportune des marchés qui pourraient avoir déjà « valorisé » une décision favorable au Brexit ? « That is the question » ! Certes, il est difficile, voire impossible, de prévoir le comportement des marchés post référendum. Cependant, nous avons deux convictions : les marchés vont encore gagner en volatilité d’ici le vote et — quelle que soit son issue et pour de multiples raisons parfois contraires et bien identifiées — les marchés peuvent aussi bien partir violemment à la hausse qu’à la baisse pour, in fine, probablement revenir plus calmement à leurs points de départ. Ce qui reviendrait à jouer au casino si nous voulions prendre un pari de tendance.

Aussi, dans ce contexte très spécial, la seule initiative raisonnable est de vérifier la qualité de ses supports d’investissements en s’assurant qu’ils sont bien les meilleurs sur longues périodes. En effet, les taux bas ou négatifs actuels ne remplissent plus leur fonction primaire. Les investisseurs doivent donc compenser les rendements obligataires nuls. La volatilité des marchés maintient un risque fort et crée de grands écarts de performances entre les meilleurs fonds et les autres. Aussi, plus que jamais, le choix des classes d’actifs et celui des supports d’investissements sont des facteurs clé de performance. Par exemple, opter aujourd’hui pour de l’immobilier au titre de sa régularité ou sélectionner courageusement des fonds atypiques parce qu’ils sont classés (sur le long terme) en tête de leurs catégories respectives peut suffire à faire la différence. Quoi qu’il advienne et s’agissant de courage, je salue celui des Britanniques qui ne craignent pas de sauter dans l’inconnu sans parachute !

15 juin 2016 – Didier Jug